Pour ce deuxième article nous restons à Venise, comme pour notre article précédent, mais nous avons fait un bon de deux en ans en avant. Nous sommes en 2017…


Damien Hirst
Treasures from the Wreck of the Unbelievable
Fondation François Pinault – 2017
Commissaire d’exposition : Elena Geuna



Lire en écoutant : FOILS – Ludwig Göransson

C’est décidément une des expositions qui a le plus marqué la scène artistique internationale ces dernières années. Largement médiatisée, l’exposition Damien Hirst à la Fondation François Pinault de Venise est, au-delà de ce que l’on pourrait imaginer, un colossal événement. Damien Hirst, artiste mondialement reconnu et un des plus riches du monde, fasciné par la Mort, torturé et génial nous plonge dans un monde sous-marin dans lequel évolue le visiteur tel Indiana Jones.


L’Histoire racontée est la suivante : “En 2008, le vaste site d’un naufrage a été découvert au large des côtes de l’Afrique de l’Est, donnant créance à la légende de Cif Amotant II, un esclave affranchi […] les esclaves affranchis pouvaient trouver de grandes possibilités d’enrichissement et d’ascension sociale […]”. L’esclave en question était cupide et accumula une grande richesse. Ce trésor avait alors été retrouvé et exposé à la fondation. Est-ce réel ? Tout est mis en place pour vous le faire croire (film d’exploration archéologique sous-marine, scénographie bluffante) et pourtant cette histoire et fausse.

C’est une pure invention.


Certains s’arrêteraient là, expliquant qu’il ne sagissait que d’un coup médiatique et d’une lubie de milliardaire mais je vais essayer aller plus loin.

Treasures from the WRECK of the Unbelievable. Damien Hirst. Venise le 8 avril 2017.


Les oeuvres sont comme en dégradation perpétuelle, en stade de corrosion, en combat perpétuel, la mort est partout, et les notions d’apparat et de pouvoir sont fortement abordées. Dans cette exposition le personnage Disney de Mickey est lui aussi recouvert de coraux et cette oeuvre s’inscrit dans la même réflexion que celle proposée par Nicolas Rubinstein avec ses sculptures nommées Mickey is also a rat. L’icône Mickey est démythifiée. Elle qui n’a pas de sexe et ne grandit pas est montrée comme, sous son costume immortel, impuissante.

Par cinq brasses de fond
Repose ton père.
Ses os, se sont le corail,
Ce que furent ses yeux, les perles.
Rien en lui de périssables
Que des mers ne change le sable
en du riche et de l'étrange,
Et les nymphes de l'onde amère
Sonnent son glas d'heure en heure.
-- William Shakespeare, La Tempête


Les références à la Pop culture aussi bien qu’à la mythologie consternent. L’exposition s’offre aux visiteurs sur deux lieux : Le Palazzo Grassi et La Punta della Dogana. Dans ce dernier se trouve le début de l’exposition et dans le palais : l’oeuvre la plus grandiose. Elle se situe au centre de l’atrium et se nomme Demon with Bowl, elle mesure plus de dix-huit mètres de haut. Pur produit de fiction, cette sculpture noire semble d’une lourdeur infinie. Pourtant il s’agit d’un création en résine peinte. Brillant n’est-ce pas ?

A sculpture called “Hydra and Kali” is pictured during the press presentation of the exhibition “Treasures from the Wreck of the Unbelievable” by British artist Damien Hirst at the Pinault Collection in Punta della Dogana and Palazzo Grassi in Venice on April 6, 2017. / AFP PHOTO / MIGUEL MEDINA / RESTRICTED TO EDITORIAL USE – MANDATORY MENTION OF THE ARTIST UPON PUBLICATION – TO ILLUSTRATE THE EVENT AS SPECIFIED IN THE CAPTION (Photo credit should read MIGUEL MEDINA/AFP/Getty Images)


L’exposition Treasures from the Wreck of the Unbelievable Damien Hirst réunie 400 pièces, toutes plus incroyables les unes que les autres. C’est avant tout l’Histoire de deux monstres qui se réunissent, deux célèbres fortunes du monde de l’art, pour servir leur propre intêret. Suivant le courant actuellement en vogue de l’exposition-phénomène qui rapporte beaucoup, le protagoniste de génie nous embarque malgré nous dans son
univers. Un univers où la société contemporaine et l’espèce humaine sont décryptées et décriées.

La vidéo qui résume tout en 60s :


Matis Leggiadro [fondateur de Histal M]

@matis_leggiadro