Aujourd’hui, article un peu spécial! Je laisse la main à Matis, fondateur de Histal M qui nous décrypte une oeuvre qu’il a pu observer il y a quelques années à la biennale de Venise.


CHIHARU SHIOTA
THE KEY IN THE HAND

Pavillon du Japon
2015 – Venise
Commissaire d’exposition : Hitoshi Nakano

Résumé

Venise c’est LE fief de l’art contemporain et tous les deux ans y’a un truc à pas rater c’est La Biennale ! 🥰


En 2015, une expo m’a marqué : celle de Chiharu Shiota. C’est une formidable artiste berlinoise native du Japon …… c’est bien pour ça qu’elle a représenté le Japon à La Biennale (futé non ?). Son travail est marqué par la mémoire, le souvenir et l’identité. En fait, c’est un sujet que de nombreux artistes se sont appropriés et je suis sûr que tu en connais pleins ! Perso mes artistes prefs autour de ces domaines sont Christian Boltanski, Baudelaire et Brassaï.

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Ce qui est dingue dans cette installation c’est le nombre de clés qui la compose… 180 000 ! Oui, 180 000 clés rassemblées grâce à une collecte lancée par Chiharu Shiota.


Pour l’artiste une clé représente un individu : une tête et un corps. Maintenant que c’est dit tu vas y penser à chaque fois ! Sur toutes ces clés 50 000 sont suspendues avec des fils rouges. Du coup t’as l’impression d’avoir une toile d’araignée énorme sur ta tête…🕸️ c’est très immersif. Et au centre de l’installation il y a deux bateaux de fortune. Ils symbolisent les paumes de nos mains. Les mains soutiennent les clés…les MILLIERS de clés comme autant de souvenirs.


En 2015, l’artiste berlinoise Chiharu Shiota a représenté le Japon, son pays natal, au cours de la 56e Biennale d’Art de Venise. La Biennale de Venise se compose de deux espaces : l’Arsenal et Giardini, autrement dit les jardins. A Giardini on croirait assister à une Exposition Universelle. En effet, les pays ont chacun leur Pavillon. Et dans chaque Pavillon un artiste est présenté.


Le Japon en 2015 c’est la victoire face à l’Afrique du Nord en Rugby, mais l’artiste nous embarque dans un autre monde : celui de la mémoire. C’est un vaste sujet exploité largement durant le XXe siècle et plus récemment par Christian Boltanski. Baudelaire disait :

“Trois mille six cents fois par heure, la seconde chuchote: souviens-toi.”

Baudelaire

Brassaï, aussi, explore la photographie comme marque dans le temps. Pour cela il photographie les traces de déclarations d’amour, de signes mystérieux ou de haine qui courent les rues.


Chiharu Shiota vit à Berlin, une ville qui à elle seule suffirait à expliquer son désir de traduction plastique de la mémoire. En effet la ville est marquée par la disparition des libertés, des symboles de l’ex-Allemagne de l’Est, du “Mur de Berlin”. L’artiste signe une installation in situ composée de 180 000 clés est d’un fil rouge. Les clés suspendues sont au nombre de 50 000, les autres se trouvent au sol. La clé étant pour elle “le matériau de transmisson de nos sentiments”.


L’installation occupe l’espace et le corps du visiteur est au centre de la création. Chiharu Shiota la conçoit comme un univers mettant en exergue “la philosophie de l’instant”. La clé est le symbole majeur de son travail. Elle symbolise à la fois la protection (le secret également) et l’ouverture. A la manière d’Olivier Grossetête et de ses installations monumentales en carton, l’artiste a lancé un appel au public pour collecter les clés
nécessaires. Au centre de ce ciel rouge, deux embarcations de fortune apparaissent.

Le magazine Inferno en dit :

“Dans l’espace de la galerie, deux bateaux suspendus fendent le nuage de clefs, comme des mains tentant de retenir une pluie de souvenirs.”


Dans une entrevue accordée à la Galerie Templon, Chiharu Shiota compare les bateaux aux paumes de nos mains. Elle poursuit en expliquant que les mains retiennent les clés. Elle confirme de ce fait les propos du Magazine Inferno. L’artiste explique qu’une clé ressemble à la physionomie humaine : une tête et un corps. Chaque clé symbolise alors un individu. Les individus (tous différents) sont reliés par le fil rouge. Le tout créant un forme de voie lactée.


A travers son installation, Chiharu Shiota nous embarque dans un univers poétique et dépourvu de prétention dans lequel évolue des milliers de clés comme autant de souvenirs.

“THE KEY IN THE HAND signifie saisir la clé, saisir l’opportunité, comme tenir la clé du futur”

Chiharu Shiota

Matis Leggiadro [Fondateur de Histal M]

@matis_leggiadro